Portrait

« J’ai eu une révélation quant aux vertus de l’économie d’usage »

Luc Teerlinck, Belge de 55 ans vivant près de Bruxelles, a des raisons de s’enthousiasmer : avec « We Play Circular », il expérimente avec succès un abonnement mensuel donnant accès à tous les équipements sportifs de Décathlon. Une innovation de rupture qui pourrait bien transformer notre façon de consommer.


En 2019, Luc Teerlinck a besoin de nouveaux défis. Après une formation en gestion, il a créé et dirigé des entreprises pendant une vingtaine d’années. D’abord dans la vente de produits puis dans les services BtoB. Il a par exemple géré une agence de marketing sportif. « Après un travail d’introspection, j’ai réalisé que je n’étais pas fait pour être chef d’entreprise, pour tout gérer tout seul », dit-il aujourd’hui en toute sérénité. C’est à ce moment qu’il est recruté par la filiale belge de l’enseigne de sports et de loisirs Decathlon, pour intégrer leur division Innovation et transformation du business model.
« Durant les neuf premiers mois, j’ai beaucoup observé ce qui se faisait en interne et dans d’autres entreprises. J’ai alors eu une révélation quant aux vertus de l’économie d’usage », explique ce père de trois enfants. À l’instar de Spotify pour la musique ou Netflix pour la vidéo à la demande, il se dit qu’il est possible de lancer un abonnement pour emprunter tous les équipements sportifs du catalogue Decathlon (35 000 références !) : chaussures de football, raquettes de tennis, skis, kayaks, etc.
« Au début, on m’a un peu pris pour un fou. Mais plus les produits sont durables – en matière de longévité –, plus leur usage va être long, donc leur rentabilité potentiellement meilleure », martèle-t-il. Decathlon est séduit par l’idée. Le concept baptisé « We Play Circular » est expérimenté en 2021 auprès de 70 clients.

Un système vertueux pour tous

Les premiers résultats sont prometteurs. Selon Luc Teerlinck, « c’est un système vertueux pour le monde ». Pour les clients, qui testent à l’envi de nouveaux sports sans investir dans du matériel. Pour l’enseigne, qui fidélise ceux qui s’abonnent. Pour la planète, surtout : « Environ 80 % du bilan carbone des entreprises est lié aux produits : production, vente, usage, fin de vie. En allongeant la durée de vie des équipements et en favorisant leur réutilisation, on limite la production, le gaspillage, donc l’impact sur l’environnement », confirme Luc Teerlinck, qui avoue au passage que « c’est grisant de piloter un tel projet ».

Potentiel colossal

« We Play Circular » entre aujourd’hui dans une nouvelle phase, cette fois-ci auprès de 1 000 clients. Luc Teerlinck, lui, prend un peu de recul et se contente d’un rôle de conseil, moins opérationnel. « J’ai donné l’essentiel de ce que je pouvais à ce projet. Le concept est lancé, ils n’ont plus besoin de moi », dit-il avec malice. Passionné de sport – il pratique la course à pied, le yoga, le vélo et le padel –, il pense déjà au coup d’après. « Ce que j’aime, c’est conceptualiser de nouveaux projets à fort impact, puis mobiliser les énergies pour les lancer. » Le potentiel de « We Play Circular » est si colossal qu’il a envie de le partager avec d’autres entreprises, en Belgique comme en France.